
Dans le numéro 128 de Géographie et Cultures, David Goeury discute l’investissement d’un haut lieu culturel par des partis politiques lors de la campagne électorale à travers l’exemple de la source sacrée de la ville de Tiznit.
Cet article participe au dossier « Situer les pouvoirs en géographie culturelle » dirigé par Marie-Alix Molinié-Andlauer et Zénaïde Dervieux.
Résumé :
L’analyse des lieux de campagne électorale apparaît comme une modalité féconde pour interroger la relation entre géographie culturelle et géographie politique. En prenant l’exemple d’une source historique au cœur de la ville de Tiznit au Maroc, lors de la campagne électorale de 2021, il est possible de comprendre comment les partis politiques investissent un haut lieu de l’identité culturelle locale comme figure rhétorique pour appuyer leur tentative de conquête du pouvoir politique. Durant plusieurs décennies, ce haut lieu a cristallisé les grandes controverses idéologiques et culturelles entre la défense d’une identité amazighe et les menaces d’une hégémonie panarabe et panislamiste. Cependant, l’attachement populaire au lieu et la reconnaissance constitutionnelle de la composante amazighe au sein de la nation marocaine amène à une volonté mimétique des partis en campagne d’accaparer l’aura de ce haut lieu pour attester de leur ancrage culturel local. Si la concentration des opérations de campagne par les partis (permanences, défilés) vient alors consacrer le haut lieu comme un espace public par excellence, le consensus politique qu’il incarne vient réduire la possibilité pour qu’il devienne une réelle agora politique. Par conséquent, le succès symbolique du lieu accompagne aussi la fin des grandes rivalités partisanes et finalement nourrit un désengagement militant qui se traduit par une baisse de la participation électorale. Le haut lieu perd de sa puissance de controverse pour devenir un étendard identitaire consensuel au sein d’une politique culturelle de rayonnement et d’attractivité touristique nationale et internationale de la ville.
