« Retours sur » est une rubrique qui propose de courts compte-rendus de missions de terrain ou de colloques dont le financement a été assuré au moins en partie par le laboratoire MEDIATIONS

Retour sur la mission de terrain à Madagascar, avril 2023, par Catherine Fournet-Guérin

Je suis partie 2 semaines à Antananarivo, pour la première fois depuis 2018.

Le travail a tout d’abord porté sur des actions de diffusion scientifique. J’ai participé à une table-ronde avec le maire de la commune d’Antananarivo (2 millions d’habitants) organisée à l’Institut d’études politiques de Madagascar. Un contact solide est établi avec une géographe docteur installée sur place et travaillant à l’IEP, Camille Escudé. Des comptes-rendus de cette rencontre assez médiatisée ont été effectués dans la presse locale. J’ai ensuite animé un séminaire de recherche à l’université d’Antananarivo, au département d’histoire, à destination des étudiants de Master et de doctorat, durant 3 heures. Enfin, j’ai été invitée pour une conférence-discussion lors d’un Café Histoire, d’une durée de 2 heures. Il s’agit du seul événement scientifique destiné au grand public de ce type à Madagascar.

 

            Par ailleurs, j’ai mené du travail de recherche de terrain sur le sujet des spatialités des habitants d’origine indienne de la capitale. J’ai effectué plusieurs entretiens approfondis et mené des observations dans divers endroits de la ville. A mon retour, j’ai écrit un article scientifique sur le sujet, intitulé «  Les Indiens d’Antananarivo, des citadins comme les autres ? Une minorité citadine ancienne, active mais vulnérable », envoyé à la revue EchoGéo dans le cadre de son numéro thématique sur les citadinités en Afrique de l’Est et l’article est actuellement en lecture. Un deuxième article va être soumis à la revue américaine Migration Minds, pour laquelle j’ai été contactée en raison de mes travaux sur le cosmopolitisme urbain dans les Suds. La revue assurera la traduction.

 

 Enfin, ce séjour a été l’occasion de réactiver mes réseaux scientifiques et péri-scientifiques, mis à distance en raison de la très longue fermeture Covid. Les collègues souffrent d’un grand isolement à la fois géographique mais aussi économique et il est important à mon sens de se déplacer sur place pour des échanges scientifiques ou plus informels, et non de se contenter de liens de visoconférence à distance.

 Je remercie très vivement le laboratoire Médiations pour la prise en charge de cette mission à Madagascar.

 

 

 

 

Retour sur : le terrain de thèse d’Eléa Boënnec en Mongolie

Ce terrain de thèse long (de janvier 2022 à janvier 2023) en Mongolie a été rendu possible grâce à l’accord bilatéral signé entre l’Université Nationale de Mongolie et Sorbonne Université en 2019. Mon accueil sur place a été facilité par Madame Altangul Bolat, professeure de Français au département des études européennes. Je lui en suis très reconnaissante, ainsi que d’avoir permis que je m’exerce à l’enseignement du Français auprès de ses étudiant∙e∙s de « bachelor » (équivalent de la licence en France) deux fois par semaine. Ces ateliers linguistiques ont été une occasion pour moi de découvrir une partie de la vision du monde et des opinions de la jeunesse mongole. J’espère avoir autant apporté à ces étudiantes et étudiants qu’ils et elles m’ont offert en retour.

Durant cette année, Ulaanbaatar, capitale du pays, a constitué mon terrain de recherche principal. S’y sont ajoutées deux semaines d’enquête dans les régions du Gobi moyen et du Gobi du Sud au mois de mai, ainsi que des voyages plus ponctuels dans diverses autres provinces dans le but de pratiquer davantage la langue mongole.

Lors des investigations dans le désert de Gobi aux côtés de Gaëlle Lacaze, j’ai eu la chance de bénéficier d’un financement additionnel accordé par Médiations pour son projet de recherche sur la résistance et la résilience des pasteurs nomades du Gobi face au changement climatique. Je souhaite exprimer toute ma reconnaissance à Gaëlle et à l’équipe de Médiations pour avoir rendu cette expérience inattendue possible : sortir de « la ville » (c’est souvent ainsi que les Mongols désignent Ulaanbaatar) a constitué un des moments phares de mon expérience et a fait naître l’envie de passer davantage de temps « à la campagne » à l’avenir.

Pendant cette longue période de terrain, deux types d’enquêtes ont été menés pour examiner les relations entre les Organisations de la Société Civile (OSC) locales axées sur l’égalité de genre et divers acteurs tels que le grand public, les sphères politique et économique, les réseaux transnationaux d’activistes et les grandes institutions internationales d’aide au développement. Tout d’abord, des entretiens semi-directifs ont été réalisés avec une variété d’acteurs, principalement en anglais, comprenant des femmes membres d’ONG locales engagées dans la défense des droits des femmes, des femmes politiques, des avocats, ainsi qu’une comédienne. Toutes ces personnes avaient des antécédents académiques et professionnels, ainsi qu’une maîtrise d’une ou plusieurs langues étrangères, des compétences souvent consolidées par une expérience à l’étranger. Les entretiens ont porté sur leurs parcours académiques et professionnels, leurs organisations respectives (objectifs, financement, relations avec les bailleurs, localisation), la perception de la féminité, du féminisme et des questions de genre dans la société mongole, leur expérience d’études ou de travail à l’étranger et son impact sur leur engagement féministe ou activiste, ainsi que leur utilisation des réseaux sociaux.

En outre, des entretiens par photo-élicitation (IPE) ont été menés principalement en mongol avec des femmes non spécialistes telles que des commerçantes, des femmes de ménages, ou des éleveuses entre autres, pour discuter des concepts de féminité et de genre en Mongolie, explorant ainsi les différentes perceptions et influences associées aux imaginaires de la féminité.

Je tiens enfin à exprimer ma profonde gratitude envers toutes les personnes, qu’elles soient mongoles ou françaises, qui ont contribué à rendre cette expérience possible. Un immense merci tout particulièrement aux habitant∙e∙s de mon lieu de séjour d’un an, qui ont patiemment écouté, fait l’effort de comprendre et corrigé mes balbutiements en mongol, et m’ont généreusement offert leur aide chaque fois que possible.

Joseph BOHBOT au Kenya
Le développement par l’activité minière artisanale en Afrique subsaharienne : l’exemple de l’or dans le comté de Kakamega, grand ouest kenyan.

Le terrain de recherches se déroule dans le comté de Kakamega, non loin du Lac Victoria. Les travaux portent sur l’activité minière artisanale et plus précisément les chercheurs d’or. En effet, une grande partie de l’Ouest du Kenya est concernée par des phénomènes de ruées vers l’or, dès l’époque coloniale, en 1930 et à nouveau depuis les années 2000.

La recherche intitulée : « Le développement par l’activité minière artisanale en Afrique subsaharienne : l’exemple de l’or dans le comté de Kakamega, grand ouest kenyan » porte sur les changements induits par cette nouvelle activité d’une partie de la population du comté. Ainsi, l’orpaillage génère-t-il de nouvelles mobilités, une source de revenus supplémentaires permettant de générer un capital et une importante (re)négociation avec les autorités dans le cadre d’une formalisation balbutiante de l’orpaillage.

Ces recherches sont financées à la fois par Sorbonne Université dans le cadre d’un contrat doctoral mais aussi par le laboratoire Médiations, avec une aide pour ma mobilité et l’équipement informatique. Je suis aussi soutenu par l’Institut Français en Afrique (IFRA) pour les frais de la vie courante au Kenya. En effet, si ce terrain se déroule principalement dans le comté de Kakamega, j’ai effectué de nombreux déplacements dans d’autres sites miniers, notamment à Migori mais aussi à West Pokot ou à l’Est du pays, à Taita Taveta. L’objectif est ici d’avoir une vision d’ensemble de l’activité minière artisanale et du processus de formalisation.

 

Catherine Fournet-Guérin

Retour sur les 7e Rencontres des études africaines en France à Toulouse, du 28 juin au 1er juillet 2022

Les Rencontres des études africaines en France (dites REAF) sont un réseau scientifique porté par un groupement d’intérêt scientifique, le GIS « Etudes africaines en France », qui existe depuis le milieu des années 2000. Il s’agit de rencontres scientifiques, mais aussi artistiques et ouvertes sur la ville, qui se tiennent tous les deux ans, cette année à Toulouse à l’université Toulouse Jean Jaurès sur le site du Mirail, en 2018 à Marseille, en 2016 à l’INALCO ou encore en 2014 à Bordeaux. L’édition 2020 a été annulée en raison de la pandémie de coronavirus, aussi les centaines de participants étaient très heureux de se retrouver de nouveau après cette interruption de quatre années. D’ailleurs, les organisateurs avaient fait le choix de refuser la mise en place de systèmes de participation à distance, considérant que la raison d’être des Rencontres était de se rencontrer et d’échanger. Un prix de thèse portant sur l’Afrique est également décerné. Toutes les sciences humaines et sociales y participent, tout comme les études littéraires.

 

La programmation est éclectique, à la fois scientifique autour de la thématique des « Circulations dans les Afriques, Afriques en circulation » (70 ateliers sur 4 jours, soit environ 500 participants en tout, coordonnateurs inclus) et artistique, avec des expositions, des projections de film, des concerts, entre autres. Au Mirail étaient également présents des revues et des éditeurs scientifiques spécialisés sur l’Afrique (ou non) comme Politique africaine ou les éditions de l’IRD (photo 1).

Ce fut l’occasion de découvrir que les Presses universitaires du Mirail avaient changé de nom pour s’appeler dorénavant Presses universitaires du Midi, conservant ainsi leur acronyme. S’agit-il d’une volonté d’invisibilisation d’un nom de quartier perçu comme non valorisant ? Des chercheurs ont aussi proposé des postdast, comme celui portant sur les motos dites Jakarta au Sénégal, dorénavant bien installées dans les paysages urbains africains (photo 2).

J’ai organisé et coordonné scientifiquement l’animation d’un atelier intitulé « Nouvelles circulations migratoires Sud-Sud en Afrique subsaharienne : routes, espaces, lieux » (photo 3),

durant lequel 4 communications ont été présentées : l’une sur la présence sur des sites miniers artisanaux de collecteurs de pierres précieuses originaires de Thaïlande ou du Sri Lanka, contribuant ainsi à l’émergence d’un cosmopolitisme rural ; la deuxième sur la transformation d’une bourgade frontalière de Casamance (Sénégal) à la fois sous l’impulsion de migrations transfrontalières régulières qui ont déstabilisé l’économie locale et qui ont impulsé une émigration irrégulière vers l’Europe ; la troisième était consacré aux migrations d’Africains au Maroc, analysées dans une optique de politique migratoire ; la quatrième portait sur l’installation pérenne mais non choisie initialement de femmes originaires de Côte d’Ivoire au Maroc, à la suite de leur difficulté à rejoindre l’Europe (transformation de pays de transit en pays d’installation). Cet atelier a été sélectionné pour être intégralement filmé.

Du point de vue scientifique, 3 des 4 communications émanaient de chercheurs originaires d’Afrique francophone, signe à la fois de la persistance de liens postcoloniaux dans les relations scientifiques, tout comme de la consolidation récente mais encore fragile de leur insertion dans des réseaux internationaux, laquelle reste difficile comme en témoigne l’impossibilité d’obtenir le visa de séjour pour certains. Tous les participants étaient des hommes (Rémy Canavesio, Université du Littoral ; Dramane Cissokho, Université Cheikh Anta Diop, Dakar ; Youssouf Meite et Krikou Diarra, Université F. Houphouët Boigny, Abidjan ; Mohammed Ali Lahlou et Mokhlis Derkaoui Alaoui, Université Ibn Zohr, Agadir)), les personnes en migration en Afrique, sujets des communications, étaient aussi des hommes, à l’exception notable du regard porté sur les Ivoiriennes au Maroc. La présence d’un public curieux et informé a fortement contribué à enrichir les débats.

Je remercie très vivement le laboratoire Médiations pour la prise en charge de cette mission à Toulouse.

Malick Mboup

Compte-rendu d’un colloque à Liège (Belgique) des. 2023

 COMMUNICATION 

COLLOQUE INTERNATIONAL CNFG – COMMISSION GÉOGRAPHIE DU COMMERCE 

Les transitions de la distribution alimentaire : formes, localisations et acteurs. Liège, 2023 

Titre : La nouvelle recomposition de l’espace commercial des villes ouest-africaines au prisme des enjeux du développement durable : Le cas d’Auchan à Dakar (Sénégal). 

Mots clés : Grande distribution – parties prenantes – consommation – développement durable – Responsabilité Sociétale des Entreprises 

Introduction : Au-delà d’afficher une caractérisation générale des dynamiques du commerce, cette communication vise à analyser les nouveaux paradigmes du commerce alimentaire au spectre de la recomposition des acteurs et des enjeux de développement durable. Ma communication sera structurée en deux niveaux qui me permettront d’appréhender ces nouvelles mutations et les nouvelles approches. En 1er lieu, j’identifierai les parties prenantes les plus influentes et les nouvelles approches impulsées par les enjeux de développement durable qui imposent de nouvelles pratiques. Et en second lieu, face aux défis d’acceptabilité sociale, d’analyser les forces de la nouvelle politique d’Auchan axée sur les clients, les producteurs et les organisations de la société civile ainsi que les obstacles multiples socio-culturels et économiques qui entravent cet élan de modernisation et d’innovation. Dans cette perspective, l’analyse géographique des pratiques de développement durable d’Auchan au Sénégal envers ses parties prenantes est d’une grande complexité. Car elle concerne des acteurs qui ont des démarches différentes fondées sur leur statut, leur vécu et leur niveau de maturité. 
Le choix méthodologique a combiné la collecte d’informations à travers une revue documentaire, l’observation directe sur le terrain, des enquêtes et entretiens auprès des différents acteurs. Ces actions ont été renforcées par une immersion professionnelle en entreprise pendant 12 mois chez Auchan Sénégal comme chargé de politiques RSE et DD. Cette démarche intégrée m’a permis de bien comprendre le fonctionnement de ces lieux de commerce alimentaire, le climat de travail qui y règne, les rapports de force et les conflits d’intérêts existant entre les différentes parties prenantes. 
Dans les villes capitales ouest-africaines comme Dakar, les systèmes de distribution alimentaire font l’objet de profondes transformations sous les effets conjugués de plusieurs facteurs dont l’apparition de nouveaux formats de vente au détail comme les supermarchés et les hypermarchés qui cohabitent avec les petits commerces de proximité et de détails : boutiques, marchés et étales de rue. Une situation, s’inscrivant dans un contexte de mondialisation des habitudes alimentaires, qui bouleverse en profondeur les pratiques. Ces mutations agissent aussi sur les rapports entre acteurs qui interviennent en amont et en aval. Aujourd’hui, les acteurs de la grande distribution sont placés au coeur d’interactions entre plusieurs parties prenantes qui sont : les salariés, les investisseurs, clients, fournisseurs, organisations syndicales et de la société civile, les pouvoirs publics et les collectivités locales, les prestataires. Ces acteurs participent, de près ou de loin, au développement d’Auchan au Sénégal. Cette théorie des parties prenante est apparue dans les années 1960 en management stratégique avant de constituer un champ de recherche académique vers les années 1970 – 80 dans un contexte d’instabilité sociale et de multiplication des groupes de pression aux Etats-Unis. Depuis lors, la théorie des parties prenantes devient un enjeu placé au coeur du fonctionnement des entreprises, celle de la grande distribution en particulier. Elles y ont un rôle clé dans la politique de recherche de reconnaissance des acteurs auprès des consommateurs. Au Sénégal, la place des parties prenantes constitue un enjeu crucial pour Auchan Sénégal dans le développement économique de ses activités mais aussi dans sa stratégie de placer les Sénégalais au coeur de son projet. Une vision politique et économique que l’entreprise a peiné à mettre en place. Du moins sur le plan politique et social à cause des forts mouvements de contestation portés par le collectif “France / Auchan Dégage” entre 2016 et 2019. Avec les enjeux de développement durable et son effet d’entraînement sur les pratiques des entreprises, cette théorie des parties prenantes traite aussi les frontières entre l’activité de l’entreprise et d’autres activités sociales. En effet, les parties prenantes, au-delà d’être des acteurs économiques, participent à l’élaboration et au déploiement des politiques de développement durable par le biais de la responsabilité sociétale des entreprises. Ce nouveau paradigme est aussi le fruit d’une nécessité d’adaptation pour répondre aux nouvelles aspirations des consommateurs. Une réalité d’autant plus importante car les mutations dans la société de consommation s’observent tout d’abord au niveau de la relation entre clients et commerçants. Alors que dans les villes africaines comme Dakar naissent dans les mobilités et les échanges des phénomènes de créolisation qui se traduisent dans 
l’alimentation, l’étude des pratiques de développement durable vise à satisfaire des exigences d’une clientèle caractérisée par leur hétérogénéité socio-culturelle (des clients avec des bourses et prises de conscience écologique différentes). D’où la nécessité en tant que géographe de saisir le sens des lieux de consommation et de pratiques sociales des consommateurs qui renvoient à des décisions, des usages et des actes. De ce fait, miser sur la satisfaction de ces trois parties prenantes (clients, producteurs et société civile) permet à Auchan d’asseoir les bases d’un climat social plus favorable à sa politique d’implantation. 
Porteur d’approches et d’outils nouveaux susceptibles de bouleverser les paradigmes géographiques actuels, le développement durable est, pour Auchan Sénégal, un outil d’adaptation face aux enjeux de compétitivité et de légitimité. En effet, depuis les émeutes du mois de mars 2021, l’entreprise, à travers son département RSE, a réorienté ses initiatives de politiques de développement durable pour instaurer un climat social en s’appuyant sur trois leviers : une politique filière pour soutenir les producteurs, accompagner les associations dans leurs projets sociaux pour promouvoir l’éducation pour tous et apporter des services facilitant les achats des clients. Pour les producteurs et les associations, Auchan, avec ses engagements de développement durable et de services clients, constitue une opportunité à saisir pour diversifier leurs partenaires sociaux et faire face aux défis de développement de leurs territoires. Cette nouvelle démarche est aussi un instrument politique pour l’entreprise d’abaisser un climat social qui lui est peu favorable. En effet, si les investissements de l’entreprise sur le plan social permettent à des collectivités territoriales qui ont peu de moyens financiers de bénéficier des programmes de réfection d’écoles ou de centres de santé, l’entreprise est d’abord attendue sur des projets plus structurels tel que le projet filière avec les fruits et légumes « Sell Te Woor » sur les salades, bananes, courgettes, etc. Le projet filière avait comme objectifs : la satisfaction du consommateur, le respect de l’environnement, l’impact social et positif et la rentabilité économique pour tous les acteurs de la filière, les petits producteurs en particulier. Le projet s’est révélé un échec (3 producteurs dont une petite productrice sont engagés sur un objectif de départ de 12 avec des contraintes majeures pour les producteurs : retards de paiement des factures, prise en charge des frais de livraison, démontre l’immaturité du projet. Pour illustrer cette situation, un des anciens responsables du projet me décrivait cette situation en ces mots : “ce qui a marché en France n’est pas forcément appeler à fonctionner au Sénégal”. 
Quant aux services clients mises en place comme l’introduction des moyens de paiement mobile et la carte fidélité, ses avantages sont limités du fait des obstacles qui sont à la fois socio-culturels et économiques. Pour les cartes de fidélité, une observation réalisée en septembre 2021 montre une faible utilisation des cartes par les clients lors de leur passage en caisse. 36, 56 % dans le magasin de Saly Market et 29, 69 à Saly Center contre 27, 36 % au seul hypermarché du groupe montre une hétérogénéité dans les pratiques des clients. Cette petite satisfaction sur l’utilisation des cartes dans les magasins de Saly s’explique par le profil des clients qui fréquentent ces lieux. En effet, la zone de Saly est le symbole du caractère cosmopolite de ce lieu très touristique avec une forte communauté européenne, française en particulier. Contrairement à ces lieux, les magasins implantés dans les quartiers populaires présentent des résultats peu satisfaisants. Un projet qui fait face à de multiples obstacles culturels : la culture de la monnaie (elle sert à compléter ses courses ailleurs ; Auchan n’est pas une institution d’épargne financière (client) et la peur d’être embarquer dans un cercle vicieux de dépendance. 
Conclusion 
L’analyse de l’espace commercial Dakar met en avant une diversité d’acteurs avec des pratiques différentes influencées par la mondialisation : des habitudes alimentaires et des pratiques des entreprises. Cette nouvelle recomposition contribue, non seulement à répondre aux besoins des consommateurs, mais elle participe à moderniser l’espace commercial urbain avec des pratiques qui sont plus en phase avec les objectifs de développement durable. Certes, ces pratiques présentent des limites et doit faire face à des résistances socio-culturelles mais elles apportent un nouveau souffle au secteur de la distribution alimentaire dans la capitale sénégalaise. La crainte d’une disparition de leurs commerces laisse la place à des innovations. En effet, chez les autres acteurs du commerce comme les étals de rue ou dans les boutiques de quartier, la généralisation de l’utilisation des moyens de paiement mobiles comme Wave ou orange money constitue un bon en avant chez des acteurs très peu adeptes à la modernisation de leurs pratiques. 
Auteur : Malick MBOUP, doctorant en géographie à Sorbonne Université et affilié au laboratoire de recherche Médiations, sciences des lieux, sciences des liens 

Lilia Khelifi

Compte-rendu de la mission de terrain effectuée à Madagascar

26/05/2022 – 01/07/2022

Les cinq semaines passées à Madagascar servaient deux objectifs :

  • Procéder à une enquête ethnographique auprès de surfeurs locaux dans plusieurs localités côtières (Mahambo / Ambatomalama sur la côte est et Tuléar / Anakao sur la côte sud-ouest) pour alimenter le travail de thèse ;
  • Récolter des données (statistiques) sur l’état du tourisme sportif pour répondre à la commande d’un chapitre d’ouvrage sur le tourisme sportif insulaire dans le monde, dirigé par Olivier Naria (maître de conférences à l’Université de La Réunion), Claude Sobry (professeur émérite à l’Université de Lille), Derek Van Rheenen (Université de Berkeley) et Ricardo Melo (Institut Polytechnique de Coimbra).

Ce séjour de recherche a été l’occasion de renforcer des liens avec l’université d’Antananarivo et m’a permis de présenter mes travaux de recherche auprès d’un public large au cours d’un « café-histoire » organisé au musée de la photographie par l’enseignante-chercheuse en histoire Helihanta Rajaonarison, ainsi qu’auprès d’un public académique lors d’un séminaire proposé à des étudiant.e.s en sciences sociales de niveau Master ou Doctorat animé par l’enseignant-chercheur en histoire Roland Rakotovao.

Photo 1 : Habitation d’un surfeur local à Mahambo, président de la Ligue Nord de la fédération de surf. Photo prise le 21/06/2022.

Photo 2 : La récupération de morceaux de bois sur les pirogues de pêcheurs usagées par des jeunes enfants pour surfer à Tuléar. Photo prise le 08/06/2022.

Adrian P. Gomez en Colombie
Se déplacer à Bogotá peut être difficile, surtout pendant les heures de pointe. Comme dans toute autre grande métropole mondiale, certainement, mais les spécificités bogotanes quant au relief, la morphologie urbaine, les politiques écologiques, les lobbies économiques ou encore les questions sociales rendent son étude particulièrement intéressante.

Contrairement à d’autres grandes métropoles latino-américaines, comme Santiago du Chili, la dépendance à l’égard de la voiture à Bogota n’est pas si forte. En plus du coût trop élevé pour une partie de la population, le développement de la ville (souvent de manière informelle) vers les montagnes environnantes rend son usage impossible dans certains quartiers. En plus, la très grande densité urbaine et la forte polarisation de l’emploi, unis à un développement urbain fortement rectiligne, ont rendu le transport motorisé à la fois particulièrement dense (tous les véhicules doivent passer par les mêmes avenues) et facile à massifier par du transport en commun. C’est comme cela que le Transmilenio est né.

Ce système d’autobus en site propre, l’un des pionniers au monde au moment de son lancement en 1999, est d’une efficacité et d’une rapidité rares, ce qui le rend particulièrement attrayant dans une ville aussi congestionnée. En plus, sa mise en place reste beaucoup moins coûteuse et plus simple que celle d’un métro dont les travaux viennent tout juste de commencer, après des très nombreuses années de tentatives sans financement ou accord politique. Ce réseau de bus en site propre, malgré sa forte densité, ne peut pas atteindre tous les quartiers de la capitale colombienne, c’est pourquoi un réseau secondaire composé d’autobus plus petits vient l’alimenter et le compléter. Ses détracteurs sont nombreux et les critiques légitimes : des trop grosses foules en heure de pointe, un entretien défaillant ou de l’insécurité (les pickpockets en raffolent), soit les critiques habituelles d’un système de transport à succès.

 

Malick MBOUP au Sénégal
L’implantation des grandes surfaces alimentaires dans les métropoles ouest-africaines et leurs politiques de développement durable : services aux clients, relations avec les collaborateurs, fournisseurs, associations de jeunes et des femmes.

Dans le cadre de la réalisation de ma thèse, j’ai reçu une aide pour mon billet aller et mon logement (6 mois) pour un montant de 1400 euros.

Depuis mon arrivée sur Dakar en juin 2021, j’ai intégré Auchan Sénégal en même temps pour avoir une vue globale sur ces activités comme chargé de missions RSE.

Cette tâche me permet aussi de collecter des données et de faire mon terrain en même temps.

En parallèle de cette mission, je réalise des entretiens avec les autres acteurs de la grande distribution et du petit commerce de la région de Dakar.

J’ai une publication en cours avec les centenaires de l’Union Géographique Internationale.