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Soutenance d’HDR de Jean-François DOULET

Soutenance d’HDR de Jean-François DOULET
L’urbanisme des mobilités en Chine. Analyse d’un régime urbain intensif
Les membres du jury sont
Nacima BARON : Université Gustave Eiffel
Xavier DESJARDINS : Sorbonne Université (garant)
Guillaume GIROIR : Université d’Orléans
Valérie FACCHINETTI-MANNONE ; Université Bourgogne Europe
Jian ZHUO : Université de Tongji (Shanghaï)
à partir de 15h le 10 février 2026
Salle des Actes – Sorbonne mère
Cette habilitation à diriger des recherches propose une analyse approfondie des transformations urbaines de la Chine contemporaine à partir du rôle structurant des mobilités dans la fabrique métropolitaine. Inscrite dans le champ de la géographie urbaine et de l’aménagement, elle appréhende la mobilité non comme un domaine technique isolé, mais comme un principe organisateur des formes urbaines et des modes de gouvernement. Le cas chinois est mobilisé à la fois comme terrain empirique majeur et comme point d’observation privilégié, tant par l’ampleur des transformations engagées que par la lisibilité qu’il offre des dynamiques contemporaines de métropolisation. L’hypothèse directrice est que les villes chinoises ont vu émerger, depuis les années 1980, un régime d’urbanisation spécifique, qualifié de « régime urbain intensif ». Cette catégorie analytique désigne ici une configuration relativement stabilisée dans laquelle se combinent des dispositifs institutionnels, des modalités particulières de production de l’espace et des formes d’action publique étroitement articulées aux systèmes de mobilité. Ce régime se manifeste par une forte accélération des processus de décision et de réalisation, par une organisation spatiale largement structurée autour des réseaux et des grands pôles de transport, ainsi que par la capacité des pouvoirs publics à mobiliser de manière coordonnée les ressources territoriales (foncières, financières, administratives, etc.). L’enjeu du travail est, d’une part, d’en analyser les mécanismes et, d’autre part, d’en éclairer les tensions, sans toutefois en proposer une lecture normative.
Le manuscrit repose sur plus de trente années de coopérations académiques et de fréquentation du terrain chinois (dont un séjour entre 2018 et 2022). Il combine observations, enquêtes qualitatives, analyse de documents de planification et exploitation de sources chinoises, afin d’ancrer l’analyse dans les pratiques locales et les cadres institutionnels. Cette approche de longue durée permet de reconstituer les principales séquences de transformation de l’urbanisme des mobilités en Chine, depuis les héritages de la ville socialiste et de la mobilité encadrée, jusqu’à l’expansion rapide des infrastructures et à la consolidation progressive d’un mode de production métropolitaine intensif, nourri par l’hybridation de référentiels internationaux et de dispositifs propres au contexte chinois. Au-delà de l’analyse de cette phase d’intensification, le travail s’attache à repérer les signes d’une recomposition plus récente. Celle-ci se traduit par une attention croissante portée aux usages urbains et aux problématiques environnementales, par la requalification d’infrastructures existantes, par l’intégration de contraintes environnementales plus fortes, par des ajustements des régimes de mobilité et par l’expérimentation de nouveaux modes d’intervention sur l’espace. Certains épisodes récents ont rendu ces évolutions particulièrement visibles, notamment la gestion urbaine de la pandémie de COVID-19 (vécue et observée de l’intérieur) qui a mis en évidence à la fois la capacité d’adaptation du régime urbain intensif et les fragilités sur lesquelles il repose. Ces inflexions dessinent moins une rupture qu’un processus de transformation progressive, au sein duquel les principes de l’intensification continuent de structurer l’action urbaine.
Dans une perspective comparative, la trajectoire chinoise est mise en regard d’autres contextes urbains, en particulier dans les pays en développement, afin d’analyser la circulation et la recontextualisation des modèles d’urbanisme et de mobilité. Cette mise en regard vise à comprendre comment des dispositifs similaires produisent des effets différents selon les cadres institutionnels. C’est dans ce contexte qu’est proposée la notion « d’urbanisme de l’émergence », entendue comme un moment d’intensification situé, inscrit dans une temporalité circonscrite, au cours duquel les dispositifs urbains et les modes de régulation sont mobilisés de manière exceptionnelle, rendant perceptibles des points de bascule et des changements structurels durables. En définitive, cette habilitation à diriger des recherches entend contribuer à une lecture dynamique et comparative des trajectoires urbaines contemporaines, en Chine et ailleurs. Elle montre que la mobilité constitue un principe organisateur central de la métropolisation, structurant les rythmes de l’action publique, la hiérarchisation des territoires, la gouvernance urbaine, voire les représentations de la modernité. Penser la Chine à travers ses mobilités permet ainsi de dépasser les oppositions simplificatrices entre modèles importés et singularités locales, et d’apporter des outils conceptuels pour analyser les transformations de l’urbanisme mondialisé.

